L’Humagne rouge: un beau vin (3)
Troisième et dernier chapitre de ce petit tour d’horizon de l’Humagne rouge.
La vigne, d’abord. L’Humagne rouge est un cépage de 3e époque. Autrement dit, on le récolte de 15 à 30 jours après le chasselas, considéré chez nous comme étalon. Comme tous les cépages tardifs, l’Humagne réclame les meilleures situations du vignoble, sur les premiers coteaux les mieux exposés. Variété à la fertilité régulière, l’Humagne rouge mûrit difficilement et atteint rarement des sommets en terme de potentiel alcoolique.
Ses grandes feuilles vert foncé, fortement cloquées, aux dents assez marquées, sont aisément identifiables, par le spécialiste en tout cas. Ses grandes grappes coniques et compactes sont constituées de baies arrondies de taille moyenne. Leur peau dure résiste bien à la pourriture grise. C’est vrai en tout cas tant que la grappe n’a pas atteint sa maturité. Dès que la maturité approche, la peau perd en solidité et en texture. Ce changement de constitution de la pellicule se fait très rapidement et il faut vraiment en tenir compte pour vendanger car on perdrait en précision aromatique. Les raisins peuvent même être attaqués par les abeilles (qui ne sont pas équipées comme les guêpes pour perforer les fruits). L’humagne rouge partage cette fragilité face aux abeilles avec la marsanne, elle aussi de faible acidité.
La maturité des tanins n’est quant à elle pas toujours en relation avec l’évolution de la pellicule. La date des vendanges est donc assez difficile à fixer.
On coupe souvent le bout des grappes car l’humagne rouge est sensible au dessèchement de la rafle et au folletage, deux accidents physiologiques qui ajoutent encore un peu de piment à la culture de ce beau cépage.*
Le vin ensuite. L’Humagne rouge n’est pas un vin particulièrement costaud. Ses tannins sont assez légers, son acidité plutôt basse. Et il est assez rare que sa maturité lui permettent d’atteindre une grande richesse alcoolique. Tant mieux! S’il n’a rien d’un colosse, ce vin a cependant une bonne charpente lorsqu’il est cueilli à maturité. Sa robe rouge est moyennement prononcée. Son nez est souvent bien typé, sur des notes de fruits noirs (mûre en particulier), de fleurs (violette, pivoine) assortis de caractères plus végétaux: humus, écorce de chêne, genièvre… Mais caractères végétaux ne doit pas rimer avec verdeur.
Ces aromes, on les retrouve dans un bouche fraîche et droite, sans lourdeur et sans excès. C’est en tout cas valable pour les Humagne rouge que j’aime. Et je vous assure que j’aime ce vin de caractère qui peut se révéler être une merveille d’équilibre.
Quelques-uns de mes producteurs d’Humagne rouge préférés, enfin. Soyons clair. Il s’agit d’un choix uniquement dicté par mes goûts (qui ne sont pas universels) et par mes expériences. Je ne puis pas parler des vins que je n’ai pas goûtés, et ils sont nombreux.
Philippe Darioli (Martigny), Charles-André Lamon (Flanthey), Nicolas Zufferey (Sierre), Christophe Rey (Corin), Michel Boven (Chamoson), Jean-Jacques Défayes (Leytron), Domaine de l’Etat, Grand-Brûlé (Leytron), Defayes-Crettenand (Leytron), Romaine Blaser-Michellod (Leytron), Benoît Dorsaz (Fully), Daniel Magliocco (St-Pierre-de-Clages), …
Liste non exhaustive, que je complèterai au fil des dégustations. Elle est basée sur des vins qui m’ont séduit sur un ou plusieurs des trois derniers millésimes.
*Complément fourni par Benoît Dorsaz. Merci à lui.
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