La Syrah (1): une longue histoire
Les origines de la Syrah ont longtemps laissé perplexes les ampélographes. A cause de son nom, on lui a imaginé des origines perses (actuel Iran) en référence à la ville de Shiraz ou Chiraz. D’autres l’ont crue syrienne en référence à la Vitis syriaca mentionnée par Pline l’Ancien. Certains l’estimaient plutôt grecque, de l’île de Syros plus précisément, ou sicilienne de la région de Syracuse. Bref, un joli patchwork linguistique plus qu’ampélographique.
Les recherches portant sur l’ADN font la peau à ces légendes, et replacent la Syrah dans un contexte très français. Le test de paternité a démontré que la Syrah résulte d’un croisement naturel entre la Mondeuse blanche et la Dureza (Meredith et Boursiquot, 2008).
La première nommée ne couvre plus aujourd’hui que 5 ha en Savoie. Elle n’est pas, contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer, une mutation de la Mondeuse noire, plus connue des dégustateurs (il s’en produit même quelques bouteilles en Valais). Quant à la Dureza, c’est un vieux cépage de l’Ardèche qui subsiste à l’état de trace (1 ha environ constitué de parcelles éparses). Mondeuse blanche et Dureza ont dû fricoter un jour dans un vignoble où elles étaient complantées et ont alors donné naissance à la Syrah, pour le plus grand bonheur des dégustateurs. La Syrah semble donc bel et bien française. Une justice tant la vallée du Rhône a porté haut les couleurs de cette belle variété. A noter que l’arbre généalogique de la Syrah mentionne un arrière-grand-père célèbre: le Pinot noir, star de la Bourgogne. A noter aussi que, proximité géographique oblige, Viognier et Mondeuse noire sont aussi de lointains parents de la Syrah.
La Syrah a mis bien du temps à remonter le Rhône pour arriver jusque dans sa partie supérieure, le Valais. C’est le Dr. Henry Wuilloud qui est à l’origine de son implantation dans notre canton. Après un voyage à Tain l’Hermitage, il en planta quelques pieds en 1921, au Domaine de l’Etat du Valais à Leytron. Puis il en replante en 1926 dans son domaine de Diolly, au-dessus de Sion. “Enthousiasmé par ce cépage, Wuilloud le multiplie et en plante 75 pieds en 1933 dans une vigne à Montorge, puis fait venir 500 pieds supplémentaire d’un pépiniéristes de Montpellier pour en planter une vigne en 1937 au-dessus de Sion. Cette plantation lui a servi de souche-mère, dont sont certainement encore issues plusieurs vignes de Syrah valaisannes. (Source Histoire de la Vigne et du Vin en Valais, José Vouillamoz). Mais la Syrah est restée très discrète en Valais jusque dans les années 60 où plusieurs propriétaires ont commencé à la cultiver, du côté de Leytron, notamment. L’ancien chef de la viticulture valaisanne cite 1962 comme date de son introduction dans l’encépagement du Domaine de l’Etat au Grand-Brûlé à Leytron. (Source Les Cépages du Valais, Claude-Henri Carruzzo).
En 1991, elle ne couvrait encore que 18,3 ha. En 1997, on en était déjà à 45,6 ha. La progression s’est encore accélérée: 62 ha en 2000, 117 en 2003, 146 en 2005. Normal puisque ce cépage produit régulièrement et que les négociants l’achetaient à bon prix.
Depuis 2005, la Syrah continue à grignoter des parts de vignoble, mais sa “banalisation” (on en trouve parfois des bouteilles à moins de 8 francs) a provoqué un ralentissement de l’engouement pour ce cépage: seulement 11 ha supplémentaires entre 2005 et 2008.
Filed under: Valais
